Après un séjour en réanimation, certaines difficultés touchent la mémoire, l’attention ou la façon d’organiser une tâche.
On parle de conséquences cognitives du syndrome post-réanimation (PICS). Elles concernent environ un patient sur deux ou trois selon les études, quelle que soit la cause de l’hospitalisation. Leur évolution est très variable d’une personne à l’autre, et souvent favorable avec le temps, surtout si elles sont repérées tôt.
Vous vous reconnaissez peut-être dans certaines de ces phrases :
Vous n’avez pas besoin de vous reconnaître dans toutes ces situations pour que ce soit légitime d’en parler. Ces difficultés ne sont pas toujours visibles de l’extérieur et elles ne traduisent ni une faiblesse ni un manque de volonté. Ce sont des conséquences connues d’un séjour en réanimation, de l’impact de la maladie grave, du stress aigu vécu par le corps, et des moyens mis en oeuvre en réanimation pour sauver la vie.
Elles peuvent apparaître dès l’hospitalisation, se révéler au retour à domicile quand vous reprenez vos activités, ou devenir gênantes seulement plusieurs semaines ou mois plus tard, quand les exigences augmentent (reprise de la conduite, de la vie sociale, du travail).
Réfléchir, suivre une conversation ou enchaîner les activités peut devenir beaucoup plus fatigant qu’avant. Certaines personnes réfléchissent et agissent plus lentement, ou ont besoin de davantage de pauses.
Le bruit et les environnements très stimulants deviennent parfois difficiles à supporter. Se concentrer longtemps, reprendre le fil d’une activité après une interruption, ou simplement rester attentif dans un environnement bruyant peut demander beaucoup plus d’efforts qu’avant.
Conseil : Essayez de ne faire qu’une chose à la fois, ralentissez, isolez-vous au calme pour les tâches qui demandent de la concentration. Coupez la télévision, la radio, le téléphone. Des exercices d’entraînement cognitif existent (applications, sites, cahiers) : votre orthophoniste peut vous orienter vers ceux qui sont adaptés à votre situation.
Idée utile : alternez les efforts intellectuels et physiques, fractionnez vos activités, et prévoyez de vraies plages de repos dans votre journée : cela vous permettra d’en faire plus sur la durée et de maximiser votre réhabilitation.
Les souvenirs anciens sont en général bien conservés, même si l’amnésie autour du séjour en réanimation est fréquente. Mais les nouvelles informations du quotidien, après la réanimation, peuvent s’oublier plus facilement : un rendez-vous, une consigne, ce qu’on venait de dire. On « perd le fil » plus facilement qu’avant.
Conseil : utilisez un agenda, un carnet ou une application de rappels, et notez les choses importantes au moment où elles vous sont dites plutôt que de compter sur votre mémoire. Là aussi, limitez la sur-stimulation : une chose à la fois, limitez les interruptions.
Chercher ses mots, avoir du mal à exprimer clairement une idée, ou à suivre une conversation à plusieurs ou dans le bruit : ces difficultés sont fréquentes et s’améliorent souvent avec le temps et, si besoin, un accompagnement adapté.
Si le problème de la communication est d’ordre mécanique voir les conséquences physiques
Les fonctions exécutives regroupent tout ce qui permet de piloter une activité complexe : anticiper les étapes, gérer plusieurs choses en même temps, s’ajuster quand un imprévu survient, se lancer sans attendre d’y être poussé, et garder le contrôle de ses réactions. Après un séjour en réanimation, plusieurs de ces capacités peuvent être affectées, parfois de façon isolée, parfois ensemble.
Préparer un repas, organiser une sortie ou gérer une démarche administrative demande d’enchaîner mentalement plusieurs étapes avant même de commencer. Cette anticipation peut devenir plus laborieuse : on oublie une étape, on se retrouve pris de court.Conseil : décomposez la tâche à l’avance, par écrit, étape par étape. Listez ce qu’il faut faire dans la journée ou la semaine, avec un ordre de priorité et un temps estimé pour chacune.
Parler en préparant à manger, surveiller une cuisson tout en répondant au téléphone : ce type de double tâche, autrefois automatique, peut demander un effort conscient, ou devenir simplement impossible sans erreur.Conseil : faites une seule chose à la fois tant que c’est possible. Si une tâche est interrompue, prenez le temps de vous souvenir où vous en étiez avant de reprendre, plutôt que d’enchaîner dans la précipitation.
Un changement de programme, un itinéraire bloqué, une consigne modifiée au dernier moment : ce qui demandait avant un ajustement rapide peut maintenant générer de la confusion, de la frustration ou un sentiment de blocage.Conseil : prévenez votre entourage que les changements de dernière minute sont plus coûteux pour vous en ce moment ; demandez, quand c’est possible, à être prévenu(e) à l’avance.
Certaines personnes ont du mal à démarrer une tâche pourtant identifiée comme nécessaire, pas par manque de volonté mais parce que l’impulsion à agir est elle-même affectée. Cela peut être pris, à tort, pour de la paresse ou un désintérêt par l’entourage.Conseil : des routines fixes (mêmes horaires, mêmes déclencheurs) aident souvent à lancer une activité plus facilement qu’une décision prise « à froid ».
À l’inverse, certaines personnes deviennent plus impulsives, répondent ou agissent plus vite qu’elles ne l’auraient fait avant, sans avoir pesé les conséquences.Conseil : si vous ou votre entourage remarquez ce type de changement, c’est une information utile à apporter lors d’un bilan. Ce n’est pas un trait de caractère nouveau mais une conséquence possible du séjour en réanimation, qui peut être prise en charge.
Face à une situation nouvelle sans procédure toute faite (un document administratif inhabituel, une panne), trouver une solution peut demander plus de temps et d’essais qu’auparavant.
Ces difficultés ne sont ni systématiques ni figées : elles s’améliorent souvent avec le temps, et peuvent faire l’objet d’une rééducation ciblée avec un(e) orthophoniste si elles persistent ou vous gênent au quotidien.
Ces difficultés sont parfois plus faciles à repérer pour votre entourage que pour vous-même. Le témoignage d’un proche peut compléter utilement ce que vous observez de votre côté, notamment lors d’un bilan.
Si vous êtes ce proche : votre rôle est d’observer et d’accompagner, pas de devenir thérapeute, de surveiller chaque performance ou de tout faire à la place de la personne concernée. Encouragez son autonomie, à son rythme.
Un passage en réanimation bouleverse aussi le quotidien de l’entourage : fatigue, inquiétudes, nouvelles responsabilités. Vous avez, vous aussi, le droit d’être accompagné : n’hésitez pas à en parler et à chercher du soutien. De façon temporaire ou plus durable, vous devenez ce qu’on appelle un aidant : c’est un rôle précieux mais intense. Préservez vous !
Vous n’avez pas besoin d’attendre que les choses s’aggravent. Si quelque chose a changé depuis votre séjour en réanimation et gêne votre quotidien, parlez-en à votre médecin traitant ou à un professionnel qui vous suit.
Concernant les difficultés cognitives, le professionnel de référence est l’orthophoniste. Loin de n’être que le professionnel qui prend en charge les enfants avec un trouble de l’élocution, les orthophonistes sont les professionnels de la rééducation de toutes les fonctions cognitives (mémoire, attention, organisation, langage) : ils savent dépister et, si besoin, rééduquer.
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